Quand l’affichage politique remplace l’action de terrain
De la promesse présidentielle “d’éradiquer la pauvreté” au Pacte des Solidarités, les annonces se sont succédé en 9 ans sans enrayer la précarité. Plus de 10 millions de Français vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, 5 millions sont inscrits à France Travail et près de 300 000 personnes sont sans domicile fixe. Un échec patent des politiques conduites ces dernières années. Ce fossé entre les ambitions affichées et les résultats constatés se retrouve également dans les déclinaisons départementales de ces politiques.
Lors de la session du 26 juin dernier, le Conseil départemental a examiné un avenant au Contrat Local des Solidarités 2025-2027. Si l’intention affichée est louable – lutte contre la pauvreté et renforcement de la prévention – la réalité des arbitrages budgétaires et la méthode retenue laissent place à un profond sentiment de décalage. Derrière les mots se cache une politique qui, paradoxalement, fragilise le socle même de notre cohésion sociale.
Parce que nous partageons les objectifs de lutte contre la pauvreté mais que nous refusons de cautionner une politique de prévention dont les fondements sont progressivement fragilisés, nous n’avons pas pris part au vote sur cette délibération : un choix de cohérence, qui traduit aussi notre opposition aux moyens retenus et aux arbitrages budgétaires qui les accompagnent.
Alors que notre Département est confronté à des défis sociaux majeurs – avec un taux de pauvreté de 14 % et un marché du travail fragilisé –, la réponse apportée par la majorité départementale paraît davantage relever de l'affichage politique que d'une stratégie de fond.
Le Contrat Local des Solidarités mise tout sur des dispositifs itinérants : bus social et centre PMI mobile. Si ces mesures sont utiles en complément, elles ne peuvent cependant tenir lieu de politique sociale : elles ne remplaceront jamais des services de proximité solides, permanents et accessibles.Mais comment prétendre « aller vers » les publics fragiles quand, dans le même temps, les structures de proximité sont fragilisées ?
Quand les choix budgétaires contredisent les ambitions affichées
C’est le paradoxe de la politique départementale : d’un côté, on érige la prévention en priorité, de l’autre, on mène une politique de réductions des moyens auprès des acteurs de proximité, notamment des associations qui, au quotidien, repèrent les fragilités et évitent les ruptures : ce sont les Espaces de Vie Sociale, les Lieux d’Accueil Enfants Parents, ou encore les Missions locales dont les financements départementaux ont chuté de près de 70 % en trois ans.
Par manque de volonté politique, des structures essentielles ferment ou voient leurs financements fondre. Le centre social Cap’ de Tout de Mazères-Lezons (19 salariés, plus de 600 adhérents) a fermé ses portes le 30 juin dernier.Ce n’est pas le fruit du hasard mais la conséquence directe de choix politiques qui interrogent notre conception de la solidarité, du service public local et de la responsabilité collective.
Protection de l'enfance : la prévention sacrifiée
Cette incohérence se retrouve plus cruellement encore dans le domaine de la protection de l'enfance : alors que le Département élabore un nouveau Schéma enfance-famille, il persiste dans une méthode descendante qui laisse trop peu de place à la co-construction avec les associations habilitées.
En affaiblissant les structures de proximité qui agissent en amont pour repérer les fragilités et maintenir le lien social, la majorité départementale se prive des leviers essentiels pour une prévention efficace. Ce faisant, elle ne réalise aucune économie ; elle déplace simplement le problème vers des prises en charge d'urgence, plus tardives et forcément plus coûteuses.
La prévention n'est pas une dépense, c'est un investissement
Car cette contradiction n'est pas seulement sociale ; elle est aussi économique. À court terme, le Département croit économiser en se désengageant mais ces structures existent parce qu’elles mettent en œuvre des politiques publiques que les services du Département ne pourraient absorber seuls.En outre, chaque euro investi dans la prévention permet d'éviter demain des dépenses bien plus lourdes liées à l'urgence sociale, aux placements d'enfants ou aux prises en charge de crise. En se désengageant aujourd'hui, le Département ne réalise pas d'économies : il reporte simplement les coûts sur l'avenir.
Changer de cap pour reconstruire une politique des solidarités
La lutte contre la pauvreté nécessite donc le soutien aux acteurs de terrain et une véritable co-construction avec les associations qui, à ce jour, sont subordonnées aux décisions de l’État et du Département. Elle nécessite aussi des moyens à la hauteur : L’enveloppe de 1,2 million d’euros annuels (État + Département) est dérisoire au regard de l’ampleur des besoins dans les Pyrénées-Atlantiques.
La précarité augmente, la colère sociale s’installe et les habitants attendent une action publique solide, humaine et, surtout, présente sur le long terme.
Il est temps de restaurer une véritable politique des solidarités : celle qui soutient le tissu associatif, privilégie l'accompagnement humain et investit réellement dans la prévention. La Solidarité n'est pas une option, c'est le socle de notre République. C'est à l’aune de cet engagement que les habitants jugeront notre action.
Les élu.es du groupe de la Gauche départementale