Stéphanie MAZA, Yves SALAVE-PÉHÉ et Véronique DEHOS

Les finances du Département sont-elles vraiment dans le rouge ?

Entre discours alarmistes et réalité budgétaire, quand les comptes racontent une autre histoire…

Depuis deux ans, la majorité départementale justifie ses choix budgétaires par un même argument : la situation financière du Département imposerait une rigueur sans précédent : réduction des subventions, ralentissement des investissements, remise en cause de dispositifs historiques… Autant de décisions présentées comme inévitables face à une prétendue urgence financière.

Personne ne conteste les difficultés auxquelles les Départements sont confrontés. La suppression progressive de leur autonomie fiscale, l'instabilité des recettes et le désengagement de l'État constituent des réalités bien connues.

Mais une question demeure : la situation financière des P.A était-elle réellement aussi dégradée que la droite l’a affirmé ?

Au cours de la Session d’été, l’examen du Compte Financier Unique 2025 et d’une première décision modificative sur le budget départemental 2026 apporte aujourd’hui des éléments de réponse qui interrogent fortement le récit construit ces derniers mois.

Une catastrophe annoncée… que les comptes ne confirment pas…

Depuis 2024, l’exécutif départemental décrit un avenir budgétaire particulièrement sombre. Ce discours a servi de justification à de nombreuses coupes dans les subventions en direction du monde associatif, de la culture, du sport ou encore de certaines politiques de proximité.

Pourtant, le compte financier de l’exercice 2025 raconte une toute autre histoire : les recettes ont progressé, l'épargne du Département a fortement rebondi et la capacité de désendettement demeure favorable.

Loin du scénario d'urgence présenté lors des débats budgétaires, le Département affiche finalement des équilibres financiers corrects.

“Derrière le discours de crise permanente, nous découvrons aujourd'hui que les marges de manœuvre existaient bel et bien.”

Cette réalité pose une question légitime : les restrictions imposées ces deux dernières années étaient-elles réellement dictées par la nécessité financière ou relevaient-elles avant tout de choix politiques ?

Des résultats qui masquent néanmoins une fragilité structurelle

L’amélioration des comptes 2025 repose largement sur des recettes exceptionnelles : la reprise des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), portée par la dynamique du marché immobilier et un contentieux à l’issue favorable sur la redevance hydroélectrique.

Ces recettes ponctuelles ne doivent pas masquer une réalité plus préoccupante : le Département dépend désormais de ressources pour lesquelles il ne dispose d’aucun pouvoir décisionnaire. Dans le même temps, les dépenses sociales continuent de progresser sous l’effet du vieillissement de la population et de l’augmentation des situations de précarité.

"C’est le début de la fin du bouclier social départemental !"

Cette contradiction constitue l’un des principaux défis des prochaines années : comment faire face à des dépenses de solidarité croissantes avec des recettes dont l’évolution échappe largement aux décisions locales ?

Une première décision modificative sur le budget départemental 2026 a également nourri le débat : 

Trois mois seulement après l’adoption du Budget primitif 2026, les recettes ont été revues à la hausse et connaissent d'importants ajustements.Le cas des ouvrages d’art est particulièrement révélateur : plus de 16 millions d’euros supplémentaires sont mobilisés en cours d’exercice pour les ponts départementaux. Dans le même temps, d’autres crédits consacrés à la sécurisation routière, aux aménagements de proximité ou aux mobilités alternatives sont réduits.

Ces réorientations massives interrogent sur la sincérité des prévisions initiales mais également sur la qualité de la programmation pluriannuelle des investissements.

“Sommes-nous face à une dégradation soudaine et dangereuse de nos ponts, ce qui impose une urgence sécuritaire, ou subissons-nous ici les conséquences d’un manque d’anticipation dans la planification de nos investissements pluriannuels ?”

Au-delà des montants, c'est la méthode qui questionne : pourquoi certaines urgences apparaissent-elles soudainement en cours d'année ? Quels projets seront retardés ou abandonnés pour financer ces nouvelles priorités ?

Le débat budgétaire ne se limite pas aux seuls indicateurs financiers

Derrière les chiffres et les courbes se trouvent des politiques publiques essentielles, notamment dans le champ de la Protection de l'enfance.

L'exemple du Centre Départemental de l'Enfance et de la Famille (CDEF) est particulièrement révélateur. Alors que la droite met régulièrement en avant sa volonté de maîtriser ses dépenses, le compte 2025 du CDEF montre une forte dégradation du résultat, liée à un recours accru à des personnels extérieurs. Une situation qui traduit avant tout des tensions sur les Ressources humaines. 

“Lorsqu'un déficit résulte d'un recours massif à des personnels précaires pour maintenir les missions essentielles, il révèle surtout les fragilités de notre système de protection de l'enfance.”

Ces déséquilibres conduisent ensuite le Département à réinjecter en urgence des crédits supplémentaires pour maintenir le fonctionnement du CDEF. Là encore, la question de l’anticipation et de la sincérité budgétaire est posée.

Retrouver une vision politique au service des habitants

À la lecture des comptes, une conclusion s'impose : le Département dispose encore de marges de sécurité significatives. Les résultats 2025 le démontrent. Cela ne signifie pas que les difficultés sont inexistantes, ni que l'avenir est totalement sécurisé. Mais cela relève que les choix opérés ces dernières années ne relevaient pas exclusivement de contraintes financières.

La véritable question n'est donc pas seulement budgétaire. Elle est politique.

Faut-il utiliser les marges disponibles pour restaurer les dispositifs fragilisés, soutenir les associations, renforcer les services publics de proximité et investir dans l'avenir ? Ou continuer à présenter l'austérité comme un horizon indépassable ?Cette question mérite débat car si la prudence financière est nécessaire, elle ne peut devenir le prétexte permanent à l'affaiblissement des solidarités et au recul de l'action publique.

Les comptes sont désormais connus. Il est temps que le débat porte sur les choix politiques qu'ils rendent possibles.

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